Parution · Piano
MOZART // Sonates KV280, 331 & 333
Aldo Ciccolini
Qu’importent la technique et l’expérience, la virtuosité d’un artiste dépend toujours d’une épiphanie. Aldo Ciccolini, qui a su en soixante ans de carrière établir une relation intime entre lui-même et les grands compositeurs, porte à quatre-vingt-cinq ans un regard nouveau sur l’un…
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L’homme qui a fait ses débuts en 1941 vient du haut de toute sa sagesse d’atteindre le cœur de la musique du jeune prodige. En effet, Ciccolini n’a cessé pour ce disque de remonter le temps, afin de revenir à la jeunesse des premières années : il dit retrouver aux ivoires Bechstein le “son de son enfance”, et cette énergie nouvelle rend justice à la fougue impétueuse d’un génie indompté. Les trois sonates, qu’il a pourtant jouées et rejouées pendant tant d’années, soudain se soulèvent à la lumière d’une relation profonde entre les deux maîtres.
La force de Ciccolini, c’est de pouvoir réinventer. La technique scolaire est rétrogradée au profit d’une interprétation poétique. Mozart n’est plus une succession de doubles croches et de noires pointées, c’est une émotion portée par la virtuosité sans égale d’un talent au service du génie.
Il a fallu à Mozart dix-sept ans pour écrire ces sonates ; il a fallu à Ciccolini quatre-vingt-cinq ans pour les transcender.
Piano
Aldo Ciccolini
Aldo Ciccolini (1925-2015), esthète et athlète du piano, héritier de la tradition lisztienne, est entré dans l’histoire des monstres sacrés du piano. Ennemi de toute concession, insensible aux jeux de la médiatisation, il envisageait l’art musical comme un sacerdoce, créant néanmoins un lien puissant avec les auditeurs. Son regard d’aigle qui saisissait chaque touche avec une précision incomparable n’avait d’égale que sa puissance de jeu qui en faisait un véritable démiurge du piano.
Napolitain de naissance, naturalisé français à la fin des années 60, premier prix Long-Thibaut en 1949 à l’âge de vingt-quatre ans, des débuts à New York l’année suivante sous la direction de Mitropoulos, une nomination comme professeur au Conservatoire de Paris en 1972, très grand lisztien et virtuose solitaire, Aldo Ciccolini a retrouvé ensuite le chemin des salles de concert et des studios d’enregistrement. Le succès foudroyant que réserve la France à Aldo Ciccolini libéra sa passion pour la musique française, dont il devint un ardent défenseur à travers le monde.
Parallèlement à sa carrière de concertiste, il a été également un accompagnateur très recherché (Elisabeth Schwarzkopf, Renata Scotto et Régine Crespin).
Aldo Ciccolini fut l’un des rares grands maîtres du piano à courir inlassablement les routes et à mener une vie placée sous le signe du mouvement. L’originalité souvent visionnaire de son répertoire, l’alchimie de ses plus intimes recherches l’ont retenu longtemps de dévoiler son interprétation des plus grands compositeurs.
« Tous les jours, je travaille, et parfois même la nuit. J’ai la chance énorme, horrible, d’être insomniaque, pour moi le sommeil est une vue de l’esprit. J’attends le sommeil éternel et, profitant de l’instant, je préfère travailler. »
Virtuose mondialement reconnu, le pianiste français d’origine italienne Aldo Ciccolini, décédé dimanche 1er février à l’âge de 89 ans, aura affiché plus de 60 années d’une carrière toute en finesse et sans esbroufe. Devenu le doyen français des grands maîtres du clavier, il considérait le piano comme un « sacerdoce » quasi religieux.
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