Parution · Piano
SCHUMANN // Fantaisie & Kreisleriana
Jean-Philippe Collard
Frisson et passion. Long cri d’amour de Robert Schumann à sa fiancée Clara, la fébrile et romantique Fantaisie en ut majeur op. 17 fait écho, sous les doigts du pianiste Jean-Philippe Collard, à l’étrangeté fantomatique des Kreisleriana op. 16, chef-d’œuvre soulevé par un élan irrésistible.
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Le piano représente pour Robert Schumann l’alpha et l’oméga d’un monde intérieur agité par des tempêtes psychologiques qui conduisent au bord de la rupture. Fou de passion pour sa fiancée Clara dont il est séparé, son inspiration débordante élève la Fantaisie en ut majeur op. 17 sur des sommets haletants. L’univers fantomatique de la figure du musicien Kreisler, imaginé par l’écrivain romantique Ernest Theodor Amadeus Hoffmann, hante l’esprit d’un compositeur bipolaire sans cesse en proie à ses démons. « Musique bizarre, musique folle », les Kreisleriana op. 16 de la même époque concentrent en huit pièces cyclothymiques la veine cauchemardesque des gouffres amers et les visions poétiques d’un paysage fantasmé. Jean-Philippe Collard, soulevé par un élan irrésistible, se fait l’écho de l’âme schumanienne. Par son inventivité et son humanité à fleur de peau, il ouvre des horizons infinis dont on ne sort pas indemne.
Piano
Jean-Philippe Collard
Jean-Philippe Collard appartient à cette catégorie d’artistes qui se déplacent dans l’espace comme ils jouent : les gestes mesurés effleurent les lumières jusqu’à ce qu’il s’installe devant l’instrument. Le pianiste est venu écouter ceux qui sont venus l’entendre. Sa proposition est celle d’un dialogue sans parole. Juste par le regard puis le son. Une infinité de sons.
Cette connivence si particulière dissimule tout le travail préparatoire d’avant-concert : l’oubli de la nervosité – que les après-midis sont longues avant l’entrée sur scène ! – la domination d’un corps impatient, la canalisation du courage, la maîtrise des ultimes instants avant le saut dans le vide, c’est selon. Il est nécessaire, dit-il, « d’être aspiré par la musique, être apaisé pour retrouver le chemin de la spontanéité et capter le public ». Transmettre et révéler la beauté de la musique dépasse la nature d’une passion : la démarche est de l’ordre de la nécessité vitale pour laquelle il faut se résoudre à partager ses propres émotions, sans désir de conquête en retour. Une offrande, immense, après des centaines de concerts et plus d’une soixantaine d’enregistrements.
« Il faut toucher au cœur et ne pas trop intellectualiser les œuvres labourées depuis des années » affirme aussi l’interprète. Elles composent une prodigieuse récolte, les fruits du romantisme, de Chopin et de Schumann, prolongée jusqu’à Rachmaninov et embellie de deux siècles de musique française.
Tous les mondes sonores de Jean-Philippe Collard sont imprégnés de couleurs, cette « sensation que produit sur l’organe de la vue, la lumière diversement réfléchie par les corps » propose le dictionnaire Littré avec une perception épicurienne inhabituelle dans un tel ouvrage et, pourtant, si familière chez un pianiste qui se dit, précisément, « affamé de couleurs ». Mais pas n’importe lesquelles. Gourmet des pigments, l’artiste sait ce qu’est la nuance en toute chose, lorsque les paysages sonores au tempérament mesuré résonnent dans l’irisation des arpèges et la caudalie des accords. Quand il se remémore son apprentissage auprès de Pierre Sancan, l’amitié de Vladimir Horowitz puis ses rencontres dans le monde entier aux côtés du gotha des chefs et des plus grands orchestres, Jean-Philippe Collard sait qu’il peut tout dire au public. Alors, il a rendu hommage aux dieux des couleurs, ses compositeurs.
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